J’ai été assez surpris de voir que ce type de prestation était proposée à but commercial. Selon moi ça ne vaut la peine d’essayer pour le moment. Je vais d’abord vous soumettre ce que j’en pense et j’expliquerai succinctement mes raisons.
Ce que j’en pense :
Je pense que l’idée est bonne et prometteuse, mais que nous ne sommes pas prêts à utiliser de tels protocoles génétiques pour améliorer la performance des sportifs. Il va falloir attendre un peu l’amélioration de la connaissance sur le génome, sur l’épigénome* (voir à la fin) et de pouvoir transposer ces connaissances non seulement à l’homme puis, ensuite, à la performance sportive. Il existe déjà dans certains pays des thérapies géniques pour les sportifs de haut niveau mais même si on a quelques effets sur la performance en effet, on maîtrise très mal les risques pour la santé. Concernant la clinique elle est fortement influencée par la recherche en génétique, on est capable de connaître les déterminants génétiques de certaines maladies c’est à dire qu’on peut prédire qu’un sujet est plus susceptibles de développer une maladie s’il possède telle ou telle mutation sur un gène donné (valable pour quelques pathologies uniquement !). Quand un gène problématique est identifié chez un individu on peut toujours essayer d’agir dessus pharmacologiquement pour tenter soit d’inhiber son activité au maximum (on ne peut pas l’inhiber totalement) soit de contrer ses effets par l’apport exogène de molécules antagonistes.
Info pratique : Comment étudier la fonction d’un gène ?
Il existe plusieurs moyens d’étudier la fonction d’un gène :
· Par invalidation du gène : on peut déléter un gène ou un groupe de gènes spécifiquement dans une cellule ou dans un organisme entier sur des modèles animaux appropriés. Dans ce cas on « supprime » l’expression d’un gène à peu près aléatoirement, et on observe le résultat qui potentiellement nous indiquera la fonction du gène manquant.
· Par sur-expression : En partant la plupart du temps d’une hypothèse de base sur un gène donné, on surexprime celui-ci dans une cellule ou dans un organisme et on observe si le résultat correspond aux attentes.
· Par inhibition : A l’inverse de la surexpression, on peut inhiber l’expression d’un gène sans directement toucher le génome (on vise les ARNm ou la protéine synthétisée et non pas l’ADN directement, c’est plus simple).
Les techniques sont plus ou moins complexes en fonction de ce qui veut être fait et du niveau auquel on veut le faire (unicellulaire, pluricellulaire, organisme entier…).
Pourquoi l’idée ne me semble pas encore au point pour la thématique qui nous intéresse :
Premier point :
Avec ces méthodes on peut accéder plus ou moins laborieusement à la fonction de gènes spécifiques. Certaines études scientifiques ce sont intéressés à la fonction de gènes dans la performance sportive chez l’homme. Ils utilisent en général l’approche inverse. Par exemple, à partir d’un recueil de gènes connus pour intervenir dans le métabolisme du glucose, ils vont tenter de corréler la présence de ce gène ou son niveau d’activité chez un/des individu(s) avec leur performance aérobie. C’est une approche tout à fait consistante pour comprendre la fonction d’un gène au niveau systémique c’est à dire sur un individu fonctionnel, qui plus est chez l’homme quand la plupart des études en génétiques sont faites sur le modèle animal, c’est donc très positif. Toutefois, pour l’instant, ça s’arrête là et même si une tendance peut être observée entre la fonction d’un gène et la performance dans un type d’activité sportive, on ne peut pas conclure qu’agir sur l’axe de ce gène va permettre d’améliorer la performance sportive des individus.
Deuxième point :
Connaître la fonction d’un gène ne veut pas dire que sa présence ou son absence va influencer quelque chose dans un organisme. Des mécanismes compensatoires peuvent-être mis en place si un gène est défectueux ou absent par exemple.
Troisième point :
L’environnement va déterminer l’expression de notre génome, c’est ce qu’on appelle « l’épigénome ». Les approches actuelles reposent beaucoup sur l’épigénétique : en fonction des contraintes qui sont appliquées à chaque individu par son environnement, l’expression de son génome ne sera pas la même. Même pour des jumeaux homozygotes. Certains gènes seront plus actifs, d’autres moins, d’autres pas du tout… Or dans ce qui est proposé actuellement sur le site, c’est uniquement le génome qui est étudié.
Quatrième point :
Les arguments avancés sur le site font assez peur parfois, quand je lis par exemple qu’ils peuvent vous aider à augmenter la voie de signalisation mTOR qui est impliquée dans l’anabolisme car favorise prolifération, la survie cellulaire et la synthèse protéique. « Plus votre mTOR est activé, plus l’anabolisme sera haut » oui, c’est vrai ! Tellement qu’une voie de signalisation mTOR suractivée peut-être le signe d’une dégénérescence de la cellule en cellule cancéreuse. Bien-sûr il ne s’agit pas ici de suractiver cette voie par des procédés pharmacologiques, mais c’est pour dire. Ce n’est qu’un exemple parmi tout ce qui est dit mais il y’en a de nombreux autres comme ça.
Pour conclure :
Les études dans ce domaine promettent de grandes avancées dans les prochaines années que ce soit pour la clinique ou pour l’application au domaine sportif. Il existe déjà des thérapies géniques visant à améliorer la performance des sportifs, mais les effets sont irréversibles et les effets sur la santé très mal maîtrisés. Sur ce site bien sûr ce ne sont pas des thérapies géniques invasives qui sont proposées mais un genre de suivi personnalisé de l'entraînement en fonction du génotype, ce qui pour l'instant n'a pas d'intérêt je pense. Donc selon moi, ça vaut le coup d’attendre des nouvelles de ce côté-là oui, mais il ne faut pas être trop pressé.
Maintenant pour une description plus détaillée et précise de ce que je viens de dire il faudrait créer un topic entier, ce qui pourrait être une idée sympa mais ça prendrait quand même un peu de temps pour que ce soit clair et compréhensible par tous. S’il y’a des passionnés de biologie moléculaire ou de génétique en particulier, on pourrait s’y mettre à plusieurs pour écrire un truc vraiment pas mal sur le sujet.