LEXNEWS : “ Pouvez vous nous expliquer les avantages de la chiropractie pour le sportif aujourd’hui ?”
Franco COLUMBU: « Je vais prendre un exemple pour répondre à votre intéressante question. EN 1976, quand j’ai remporté la compétition Olympia, j’avais l’habitude de m’entraîner 3 heures le matin et 1 heure le soir afin de remporter la victoire. Cela fait près de 4 heures quotidiennes ! J’ai alors appris la chiropractie et le métabolisme du corps. En 1981, je ne me suis entraîné que deux heures et demi pour remporter la compétition Mr Olympia grâce à ce que m’avait appris la chiropractie sur l’anatomie humaine. Et je dois avouer que ces heures réduites m’ont permis d’être en meilleure forme qu’auparavant ! La raison est que lorsque vous apprenez la chiropractie, vous apprenez l’importance de l’anatomie bien sûr, mais aussi celle de la nutrition et des aliments. J’ai réalisé combien d’erreurs j’avais pu alors commettre par le passé et certains exercices que je n’aurais jamais du faire ! »
LEXNEWS : “Vous vous êtes rendu compte que certains exercices pouvaient être dangereux ? »
Franco COLUMBU: « Absolument ! Dangereux ou inutiles. Je vais vous donner un exemple. La majeure partie des personnes font des flexions des bras (curls) avec une barre et leurs mains se trouvent placées les paumes en avant. Et lorsque vous étendez vos mains pour réaliser la flexion, le coude se trouve dans une position rectiligne, tourné vers l’avant, ce qui n’est pas sa position naturelle ! La position naturelle du coude se trouve être de chaque côté du corps, les paumes de la main se faisant face lorsque l’on marche. Et grâce aux connaissances obtenues par la chiropractie, j’ai pu faire le même exercice avec des haltères. Je débute le mouvement avec les paumes de la main face à face le long du corps comme lors de la marche, dans une position naturelle, je saisis les poids sans les tourner vers l’avant et je les soulève en respectant une trajectoire naturelle sans contrainte jusqu’à ce qu’ils se dirigent vers la poitrine en les tournant vers l’intérieur. Et ce mouvement devient alors beaucoup plus naturel tout en éliminant les douleurs de coude ! Je vous donne un autre exemple : Prenez le squat par exemple (flexion des cuisses avec une barre chargée). Le genou est conçu seulement pour se fléchir. Il est ainsi fait pour marcher droit et se pencher uniquement en avant. Eh bien lors d’un squat, n’oubliez pas que la plupart des personnes, y compris les haltérophiles, exécutent cet exercice avec leurs jambes très écartées. C’est une catastrophe qui détruit le genou ! Ce n’est tout simplement pas un mouvement naturel. Au lieu de cela, il faut se placer de la même façon que l’on marche, les pieds légèrement écartés (la largeur d’un pied environ), fléchir les jambes et sentir le mouvement qui vous est le plus naturel. La chose la plus importante à comprendre est de ne pas pratiquer des exercices faisant intervenir un mouvement qui n’est pas naturel au corps et aux muscles.
C’est exactement le même problème que l’on retrouve pour le yoga. Vous vous asseyez, et vous étirez une jambe en face de vous alors que l’autre se trouve repliée sous vos fesses. Et vous vous mettez à pousser sur vos genoux vers les côtés et vers le sol et cela peut entraîner très souvent des douleurs aux genoux. Le ligament externe du genou se trouve alors trop étiré. Je recommande alors à mes patients : Faites votre yoga avec les deux jambes en face de vous, dans une position droite. Les genoux ne sont pas faits pour être tordus vers le coté. Je crois qu’il est fondamental de bien comprendre l’anatomie.
LEXNEWS : “ Pouvez vous nous parler de l’importance de l’alimentation et de la nourriture aujourd’hui ?”
Franco COLUMBU: « Si vous prenez le cas d’une personne avec un bon métabolisme, comme celui que j’avais lorsque je faisais des compétitions, je donnerai un critère d’importance de 40% à l’alimentation et 60% à l’entraînement. Pour des individus ayant un moins bon métabolisme, cela sera plutôt de l’ordre de 50% – 50%. Ainsi, même si vous avez un très bon métabolisme, et que vous vous entraînez dur, la nourriture que vous mangez compte pour 40% dans votre réussite. Prenons un exemple, un grand nombre de personnes pratique des régimes très stricts et ces régimes ne marchent pas parce que le corps devient très vite choqué. Par ailleurs, un grand nombre de bodybuilders mange trop de protéines et pas assez de glucides. Et cela ne marche pas plus ! Voici ce que j’ai appris grâce à mon expérience : Quand vous vous entraînez pour gagner du muscle, vous devez consommer des protéines. Les muscles sont en effet construits grâce aux protéines. Ainsi vous n’avez plus qu’à prendre des protéines en plus, ce qui parait très simple. Mais quand vous allez à la salle afin de vous entraîner et d’avoir suffisamment d’énergie, vous devez manger des glucides. Si vous prenez Frank Zane, il était toujours entrain de faire des régimes, je lui en faisais souvent la critique d’ailleurs en lui disant : Oublie les régimes et va à la salle ! En fait, ma stratégie était d’avoir suffisamment de protéines pour construire du muscle, tout en sachant que l’apport de ces protéines doit être continu sur la période de 24 heures. Autrement dit, vous avez besoin d’un apport 4 fois et peut être même 5 fois par jour selon les cas. Mais vous devez absolument manger des glucides avant d’aller à la salle. Ainsi, si vous décidez de vous entraîner entre 15 et 18 heures, il est alors idéal de consommer suffisamment de glucides vers 13 heures. Vous pouvez manger des pâtes, du riz, des pommes de terre et pas trop de protéines parce qu’elles sont lourdes à digérer dans l’estomac. Quand vous avez votre séance d’entraînement, et que vous ne vous entraînez plus le soir, alors mangez des protéines et pas de glucides. C’est en effet le soir que le corps construit le muscle grâce aux protéines, même pendant votre sommeil. Et si vous mangez des glucides, cela ne vous aidera pas à vous entraîner et cela sera transformé en réserve et en graisse. »
LEXNEWS : “ Ne pensez vous pas qu’un trop grand apport de protéines peut être dangereux pour la santé ? »
Franco COLUMBU: « J’ai étudié la biochimie pendant 3 ans afin de résoudre cette question. Et voici ce que j’ai trouvé : Prenez une personne de 100 kg. Avec ce poids, cette personne a décidé de s’entraîner un peu afin de conserver sa silhouette sans chercher à gagner du muscle supplémentaire. Et bien dans ce cas, l’apport total de protéines par jour devrait être de l’ordre de 100g sur la base d’1g de protéine par kilogramme de poids de corps. Cela vous donne un ordre d’idée idéal. Si je décide de m’entraîner disons 3 heures par jour et que je décide de gagner le maximum de muscles possible, je prendrai alors, toujours pour ce poids corps de 100kg, les 100g de base + 25g. Ces 25g en plus de protéines ne sont à prendre que si vous décidez de vous entraînez 2 à 3 heures par jour, sinon oubliez ! Avec cela vous gagnerez du muscle. Mais, il y a cependant un autre problème ! Ces protéines supplémentaires ont en effet besoin d’être transformées en muscle et pour cela vous avez donc besoin de plus de vitamines B6 ! Qui plus est, lorsque vous prenez plus de protéines, votre métabolisme perd plus de cartinine et vous devez donc prévoir des suppléments ! Ainsi si vous dites : Eh bien je vais prendre plus de protéines afin d’être plus musclé, cela ne marche pas comme cela parce que tout cela est bien plus compliqué qu’il n’y parait. Une autre chose encore : Le corps ne produit pas suffisamment d’acide hydrochlorique et d’enzymes pour ces 25gr de protéines supplémentaires, de ce fait vous n’avez plus qu’à en prévoir également en suppléments. Ainsi, si vous prenez trop de protéines, mettons 50g voire plus, vous perdez tout simplement le bénéfice de ces protéines et en plus vous obtiendrez une putréfaction de la choline et finirez avec de la graisse supplémentaire dans le corps. Tout cela n’est bien sûr pas bon du tout. Vous ne devez manger que ce dont vous avez besoin pour vous entraîner et qui est utilisé par votre métabolisme. En fait, tout cela est très précis et il ne s’agit pas d’approximations. Il faut bien se rendre compte que si ces apports de protéines sont trop élevés par rapport à l’entraînement, cela ne sera pas bénéfique et ne donnera pas des muscles en plus. A l’arrivée, cet excès de protéines va stresser les organes.
Il faut donc faire ainsi : découvrir pour chaque individu l’apport maximal de protéines à effectuer selon l’entraînement suivi. Par exemple, si vous vous entraînez 1 heure cela pourra être 10g, pour 2 heures : 20g et pour 3 heures : 25g, mais vous ne devez certainement pas atteindre des chiffres de 50g, 100g, voire plus.
Il faut aussi tenir compte de la nature de ces protéines : Quelle sorte de protéines ? Il faut absolument obtenir les meilleures sources de protéines, cela est plus important que leur quantité. Les meilleures protéines peuvent être obtenues dans les œufs, le poisson, et la viande. Il faut bien réaliser que les protéines en poudre ne sont pas aussi bonnes que celles naturelles. »
LEXNEWS : “La question des stéroïdes et autres produits dopants sont souvent un débat récurrent dans le bodybuilding. Quelle était votre position à l’égard de ces produits à l’époque où vous étiez en compétition et qu’en pensez vous aujourd’hui pour nos jeunes athlètes ?”
Franco COLUMBU: “A l’époque des années cinquante, il n’y avait pas tous les stéroïdes qui existent aujourd’hui. Bien entendu, nous en avons tous pris mais ce n’était pas les mêmes que ceux de nos jours. Aujourd’hui, c’est une folie totale ! A l’époque, je savais à l’intérieur de moi-même que ce n’était pas bon, c’est d’ailleurs ce qui m’a fait cesser d’en prendre et qui plus est j’ai continué à me développer même en leur absence. C’est pour cela que j’aimerai dire aux jeunes athlètes d’aujourd’hui de rester à l’écart de tout cela ! C’est vraiment quelque chose de nocif et nous savons aussi qu’un grand nombre de bodybuilders en sont morts. Votre foie, vos reins sont touchés par la nocivité de ces produits. Un grand nombre de crises cardiaques sont également causées par l’usage de ces produits. Aujourd’hui, je fais le tour du monde et je dis toujours aux jeunes : Ne prenez pas ces stéroïdes, laissez votre corps se développer de lui-même. Ensuite, lorsque vous deviendrez un professionnel, ce sera à vous de décider de les prendre ou non, mais ce qu’il y a de sûr c’est qu’il faut être accompagné d’un docteur dans ce cas pour vous aider. Il est très dangereux de pratiquer une automédication avec les stéroïdes. Il faut savoir que vous devez faire un contrôle médical touts les 30 jours avec un prise de sang. Qui plus est, le danger est de toujours vouloir augmenter la dose de ces stéroïdes pour grossir de plus en plus. Mais si vous faites ainsi, la plupart du temps vous ne vous entourez plus alors des conseils d’un médecin car celui-ci réaliserait vite qu'à l'évidence que vous ne suivez plus ses conseils.
Pour moi, les stéroïdes et autres substances dopantes sont un réel danger et elles peuvent vous tuer ! »
LEXNEWS : “ Quelles sont les pathologies que vous constatez le plus dans votre cabinet de chiropractie ? »
Franco COLUMBU: « J’observe beaucoup de blessures des épaules chez mes patients qui viennent consulter dans mon cabinet. Très souvent, je constate que ces blessures sont dues à un déséquilibre des masses musculaires et je leur recommande des exercices ainsi que des traitements afin de rétablir ces équilibres. Je pense qu’un certain nombre d’exercices peuvent être dangereux s’ils sont mal exécutés, ce qui est le cas par exemple des élévations de barre au dessus de la tête. Je crois que c’est un des exercices qui agresse le plus le cou et les trapèzes. J’ai d’ailleurs comme projet d’écrire un livre sur ce sujet et le moyen d’offrir une rééducation efficace. »
LEXNEWS : “ Vous entraînez vous toujours ? »
Franco COLUMBU: « Oui, j’ai toujours plaisir à m’entraîner même si je le fais plus doucement qu’autrefois. J’essaye toujours de varier mes séances d’entraînement. Je me concentre plus sur la pratique de certains sports comme le tennis, le football, et je joue aussi au billard ! »