Re : Muscu à la maison ou muscu en salle?
J'ai plusieurs potes qui s'entraînent à la fois en salle et à la maison, surtout un qui doit avoir un esprit "collectionneur" ou fétichiste :doctor:, je ne sais pas (il a installé dans le sous sol chauffé de sa maison une salle complète de muscu, mieux équipée même que bon nombre de petites salle de quartier) : au début, c'était l'euphorie, il invitait amis, collègues, certains membres de la salle pour des séances d'entraînement très sympas (avec nos femmes, tantôt admiratives, tantôt hilares, devant tous ces corps ruisselants et congestionnés, souvent à la peine :wheelchair

, mais ça n'a pas durée. Une fois seul, et même lorsque son fils de 14 ans voulait l'accompagner, le fantasme du combat quotidien et homérique contre la fonte, s'est heurté à la réalité moins glorieuse de la paresse dans la douceur feutrée du cercle familial. Le fond du problème, c'est encore et toujours la
motivation : à moins d'être un passionné, obsédé et quasi mono-maniaque, quelqu'un qui tire vraiment son plaisir d'une séance bien menée, bien organisée et des objectifs qu'il s'est fixé ce jour là (il est difficile parfois de partager à la salle lorsqu'on est dans sa bulle, en mode "autiste", concentré sur son programme composé de plusieurs superset...), il manquera toujours à un entraînement
at home la
dimension sociale du désir qui anime les plus motivés.
Même sans narcissisme déplacé, le Body, c'est d'abord une affaire de
rapports humains : pour nous mener loin dans la progression, le Body doit modifier notre perception : comme n'importe quel désir, le Body nous fait progresser lorsqu'il cesse d'être
superflu, et récupère la dimension propre au besoin qui en fait une activité
nécessaire. Comme le fumeur n'a pas seulement un désir de fumer (le désir est souvent vélléitaire), mais à inscrit dans son corps, par une répétition d'habitudes, un besoin artificiel de fumer, c'est-à-dire un besoin compulsif, de même le culturiste s'est crée un besoin, non pas vital, c'est-à-dire naturel, mais artificiel, c'est-à-dire
mental, et pourtant tout aussi nécessaire que le besoin de manger, de boire ou de dormir. Comment ce phénomène est-il possible ? Il implique, il me semble, la rencontre et la confrontation avec l'autre dans un lieu spécifique (la salle) où la conscience pourra obtenir satisfaction :
S'entraîner à la salle, c'est se donner la possibilité de dépasser le désir-naturel (le besoin) : notre conscience reste narcissique, c'est-à-dire esclave du corps, tant qu'elle cherche à satisfaire ses besoins. Une séance de muscu reste ici un simple exercice de consommation (de temps, d'énergie, etc...), sans objectif bien défini... Mais, dans le Body, l'humain proprement dit, bien plus que l'homme naturel, naturellement paresseux, se révèle enfin : un humain ne peut désirer seul ! Le désir humain, non-naturel, désire
par rapport à un autre désir : le Body, pratiqué en salle, c'est l'apparition de la
sociabilité et du désir, proprement humain, de
reconnaissance. Il n'y a qu'à la salle où l'on peut vraimen progresser, parce que c'est à la salle où mon comportement (courageux, régulier, organisé, etc...) peut faire ma fierté et contribuer au sentiment de mon importance devant l'autre, voire même être envié. L'acquisition progressive de ma masse musculaire attire les regards, des débutants, des femmes, est fait de moi un être qui ne se contente pas de désirer, mais
qui est lui-même désiré. A travers le désir de nous entraîner, ce que notre
moi désire vraiment, plus que celui de faire une bonne séance, intense et productive, c'est la
reconnaissance de sa propre valeur, c'est de se faire valoir devant un autre moi. Seul un
entraînement en public peut nous sortir du doute permanent sur notre propre valeur, peut me faire devenir
quelqu'un, une personnalité à part entière.